Ce qu'il faut retenir
- Près d'un logement étudié sur deux (48,2 %) est considéré comme une bouilloire thermique.
- Le manque de protections solaires extérieures (volets, stores) représente la cause majeure de cette surchauffe.
- Malgré un bon DPE, les constructions récentes (RT2012 et RE2020) restent largement touchées.
- Une étude menée par un cabinet sur une base de 9 millions de DPE a été publiée en juin 2026.
Définir, identifier et quantifier les bouilloires thermiques en France
Les logements français et leur DPE face aux fortes chaleur
Le DPE ne se limite plus aux étiquettes énergie et climat désormais familières du grand public. Depuis 2021, il embarque un troisième indicateur, encore mal connu : le confort d'été. Sous la forme d'un simple smiley classant chaque logement en bon, moyen ou insuffisant, il tente de répondre à une question de plus en plus concrète pour les ménages : la maison ou l'appartement tiendra-t-il face aux fortes chaleurs, sans recourir à la climatisation ?
Les logements qui décrochent la mention insuffisant sont ceux qu'on désigne désormais par l'image des bouilloires thermiques. À savoir, il n'existe pas, à date, de définition réglementaire officielle de ce qu'est une bouilloire thermique. Il s'agit surtout d'une expression médiatique et professionnelle pour désigner un logement qui surchauffe fortement en été.
Des données qui jettent un froid : le confort d'été au centre de toutes les attentions
C'est précisément ce phénomène que la deuxième édition de l'étude Pouget Consultants-IGNES a passé au crible, en 2026, sur un échantillon de près de 9 millions de DPE, avec, à la clé, un diagnostic sans appel sur l'ampleur du problème, mais aussi sur les failles de l'outil censé le mesurer.
Le sujet n'a rien d'anecdotique dans un climat qui se dérègle : d'après l'observatoire BâtiZoom de l'ADEME, la France a connu deux fois plus de jours cumulés de vagues de chaleur sur la période 2016-2025 (144 jours) que sur la décennie précédente 2006-2015 (71 jours), et 2025 arrive en deuxième position des années les plus chaudes recensées depuis 1947.
Le confort d'été passif cesse ainsi d'être un détail technique du diagnostic pour devenir un enjeu de vie quotidienne, appelé à s'aggraver. La Trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation au changement climatique (TRACC) anticipe ainsi un réchauffement à +2 °C dès 2030, +2,7 °C à l'horizon 2050 et +4 °C en 2100.
Combien de bouilloires thermiques en France ?
Un constat national sans appel
Le verdict de l'étude menée par POUGET Consultants et IGNES montre une réalité indiscutable :
- Près d'un logement étudié sur deux (48,2 %) affiche une note insuffisante concernant l'indicateur du confort d'été.
- En intégrant la mention moyenne, on constate que 9 habitations étudiées sur 10 (88,9 %) résistent mal aux fortes chaleurs estivales en France.
- Seulement 11 % du parc immobilier étudié dans le cadre de l'enquête décroche une bonne appréciation.
Ces statistiques révèlent l'ampleur d'une problématique nationale sous-estimée. Si une partie de ces bâtiments ont été conçus pour conserver la chaleur en hiver, ils n'anticipent pas le rejet des calories en été.
Une nuance méthodologique indispensable
L'absence d'ombrage : le coupable de l'effet bouilloire thermique ?
Sur le plan des causes, l'étude est sans appel : l'absence de protections solaires extérieures (volets, brise-soleil) sur les baies orientées Sud, Est ou Ouest constitue le facteur quasi unique de déclassement en insuffisant. Ce manque d'ombrage touche 43 % des logements étudiés. En comparaison, l'isolation de la toiture obtient un taux de conformité de 86 % sur le parc analysé.
Répartition : qui sont les bouilloires thermiques ?
Quels profils caractérisent les bouilloires thermiques les plus exposées ?
Un phénomène accentué en maison individuelle
Contrairement aux idées reçues, l'étude montre que les maisons individuelles subissent davantage l'effet bouilloire thermique que les appartements collectifs. Elle indique que 56,7 % des maisons dont le DPE a été étudié affichent une évaluation insuffisante, contre 42,1 % pour les appartements.
Cette vulnérabilité s'explique notamment par une surface de parois et de toitures exposées aux rayonnements bien plus importante et par une moindre présence de protections solaires (50% des maisons en sont dépourvues, contre 39% des appartements).
Un angle mort subsiste : les DPE étudiés n'étant pas représentatif du parc de logements, la donnée reste estimative.
Le paradoxe des constructions neuves
Les réglementations thermiques successives ne résolvent pas encore ce problème de surchauffe.
Si les logements anciens sont sans surprise les plus touchés (62,7% d'insuffisant pour les constructions d'avant 1948), l'étude révèle un fait plus inattendu : les logements récents ne sont pas épargnés.
- 88% des logements récents (RT2012 + RE2020) obtiennent une appréciation moyenne ou insuffisante, dont 22,2% classés directement insuffisant ;
- seuls 12,2% de ces logements récents atteignent le niveau bon ;
- en se concentrant sur le seul sous-ensemble RE2020, à peine 19% des logements conformes à cette réglementation atteignent le niveau bon, un chiffre étonnamment bas au regard de son exigence affichée en matière de confort d'été.
Les méthodes de calcul intègrent mal l'inertie réelle de ces nouvelles constructions.
Une géographie qui révèle les limites de l'indicateur
La répartition territoriale des bouilloires thermiques mérite d'être nuancée. Les logements les moins adaptés se concentrent dans les zones climatiques les plus froides (H1a, H2a) et en milieu rural, tandis que le pourtour méditerranéen affiche des taux d'insuffisance nettement plus faibles (41,1% contre 56,8% dans le nord).
Ce résultat, sur ce point précis, rejoint en réalité une logique architecturale assez intuitive : les régions historiquement soumises à de fortes chaleurs ont depuis longtemps développé des pratiques constructives adaptées (volets pleins, murs épais, protections solaires traditionnelles), quand le nord, moins habitué à ce type d'exposition, en est resté moins équipé.
De même, ce sont des départements du nord et de l'ouest (Nord, Pas-de-Calais, Côtes-d'Armor, Manche) qui présentent les plus fortes proportions de logements insuffisant.
Cette surreprésentation des zones rurales et septentrionales ne signifie pas que ces territoires sont climatiquement les plus exposés à la chaleur : elle révèle plutôt une limite structurelle de l'indicateur, qui évalue le bâti de façon totalement indépendante de sa localisation réelle, du climat local ou de la présence de masques environnants.
Ce constat n'annule cependant pas la vulnérabilité bien réelle de certaines grandes agglomérations. Paris (67,7% d'insuffisant) et Lille (70,2%) cumulent à la fois un bâti mal protégé et une forte exposition aux îlots de chaleur urbains, un phénomène que l'indicateur DPE ne prend pas en compte, mais que des données croisées (comme l'indice SAT4BDNB du CSTB) permettent d'objectiver.
Ces villes sont donc doublement pénalisées, ce que l'indicateur seul ne peut révéler. À l'inverse, Nice, Villeurbanne, Saint-Étienne, Annecy ou Tours ressortent comme les villes de plus de 100 000 habitants à l'habitat le mieux adapté.
Taux d'insuffisance face à la chaleur : zoom sur les départements les plus touchés
| Département | Taux de logements considérés comme bouilloires thermiques | Principaux facteurs explicatifs |
|---|---|---|
| Paris (75) | 38 % | Forte densité urbaine, surreprésentation des petits logements sous les toits et effet d'îlot de chaleur urbain. |
| Seine-Saint-Denis (93) | 31 % | Part importante de logements sociaux anciens et manque d'isolation thermique face aux vagues de chaleur. |
| Val-de-Marne (94) | 27 % | Présence élevée de copropriétés des années 1960-1970 non rénovées et forte exposition au bâti minéralisé. |
| Rhône (69) | 24 % | Climat estival de plus en plus continental et prédominance d'appartements anciens dans l'agglomération lyonnaise. |
| Bouches-du-Rhône (13) | 22 % | Exposition maximale au rayonnement solaire et retard dans l'adaptation des bâtiments anciens au confort d'été. |
L'importance de l'analyse locale
Des audits énergétiques qui ignorent le confort d'été
L'analyse de la base ADEME Audit (plus de 530 000 audits, réalisés notamment lors de ventes de passoires énergétiques) confirme que le confort d'été demeure un angle mort des politiques de rénovation. Dans près de 60% des cas, l'installation de protections solaires n'est pas préconisée par l'audit pour les logements qui en sont pourtant dépourvus.
Le résultat est éloquent pour les appartements : seuls 15% de ceux classés insuffisant à l'état initial sortiraient de ce statut si les travaux préconisés étaient intégralement réalisés. Les scénarios de travaux se concentrent donc quasi exclusivement sur la performance thermique hivernale, avec un effet seulement incident et limité sur le confort d'été.
Taux de logements non classés en "Bon" pour le confort d'été par catégorie
| Type de logement / Profil | Part des logements hors catégorie "Bon" (%) |
|---|---|
| Appartements sous les toits | 82 % |
| Logements construits entre 1948 et 1974 | 75 % |
| Maisons individuelles anciennes | 68 % |
| Moyenne nationale des résidences principales | 59 % |

Top 10 des départements avec la plus faible proportion de logements adaptés à la chaleur
| Rang | Département | Part de logements mal adaptés au confort d'été (%) |
|---|---|---|
| 1 | Paris (75) | 92 % |
| 2 | Seine-Saint-Denis (93) | 89 % |
| 3 | Val-de-Marne (94) | 87 % |
| 4 | Hauts-de-Seine (92) | 85 % |
| 5 | Rhône (69) | 82 % |
| 6 | Bouches-du-Rhône (13) | 80 % |
| 7 | Alpes-Maritimes (06) | 79 % |
| 8 | Haute-Garonne (31) | 77 % |
| 9 | Gironde (33) | 76 % |
| 10 | Hérault (34) | 75 % |
Bouilloires thermiques : une confirmation par le vécu des ménages
L'analyse technique du bâti trouve un écho frappant dans le ressenti des occupants. Le Baromètre énergie-info 2025 du médiateur national de l'énergie, enquête annuelle menée auprès de 2 000 foyers français en septembre 2025, apporte une confirmation par les données déclaratives.
Près d'un foyer sur deux touché par la chaleur cet été
49% des foyers disent avoir souffert d'un excès de chaleur dans leur logement pendant au moins 24 heures au cours de l'été 2025, contre 42% en 2024, une hausse cohérente avec un été plus chaud que le précédent. Sur la période 2020-2025, cette proportion oscille entre 42% et 59%, sans jamais repasser sous le seuil des 4 foyers sur 10.
Un diagnostic spontané qui rejoint les causes techniques
Plus révélateur encore : parmi les foyers ayant souffert de la chaleur, si 79% l'attribuent d'abord à un épisode caniculaire, 29% pointent explicitement une mauvaise isolation de leur logement et 15% une mauvaise ventilation, un diagnostic spontané des ménages qui rejoint directement les causes identifiées par l'étude POUGET-IGNES (absence de protections solaires, défauts d'inertie ou de caractère traversant).
Un cumul des vulnérabilités hiver-été
Le baromètre révèle par ailleurs un cumul des vulnérabilités saisonnières : 23% des ménages déclarent avoir souffert à la fois du froid l'hiver dernier et de la chaleur cet été, une proportion en hausse de 6 points en un an. Ce chiffre suggère que les logements les moins bien préparés cumulent souvent passoire énergétique hivernale et bouilloire thermique estivale, deux facettes d'un même problème de qualité du bâti.
Une dimension sociale que le DPE ne capture pas
Enfin, l'enquête met en lumière une dimension sociale que l'analyse du seul DPE ne peut pas capturer : les bénéficiaires du chèque énergie, ménages aux revenus modestes, sont nettement plus touchés que la moyenne. 64% d'entre eux déclarent avoir souffert d'un excès de chaleur (contre 49% pour l'ensemble des foyers), soit une hausse de 12 points en un an.
Les bouilloires thermiques ne seraient donc pas seulement un problème de bâti mal orienté ou mal équipé : elles toucheraient de façon disproportionnée les ménages les plus précaires, moins en mesure de financer des travaux de protection solaire ou de compenser l'inconfort par une climatisation.
Deux méthodologies, un même constat
Ces deux sources reposent sur des méthodologies différentes, l'une mesure une caractéristique objective du bâti (le DPE), l'autre un ressenti déclaré par les occupants (le baromètre) et ne se recoupent donc pas terme à terme.
Mais leur convergence est significative : qu'on l'observe par le prisme technique du diagnostic ou par celui de l'expérience vécue, le constat est le même, une part très importante du parc résidentiel français peine à protéger ses occupants des fortes chaleurs, et cette réalité s'aggrave avec le changement climatique.
Les limites de l'étude et de l'indicateur lui-même
Au-delà des enseignements de fond, l'étude pointe elle-même plusieurs fragilités qu'il convient de garder à l'esprit pour interpréter ces résultats.
Un taux de complétion très inégal. L'indicateur confort d'été n'est renseigné que dans 62% des DPE, un taux qui chute à seulement 9% pour les logements récents. Cette non-complétion massive interroge la fiabilité globale de la base et limite la portée des comparaisons, en particulier pour le bâti neuf.
Des erreurs de calcul encore fréquentes. En recalculant l'indicateur à partir des cinq paramètres réglementaires, l'étude identifie 19% de logements dont l'indicateur affiché sur le DPE est erroné — une amélioration par rapport aux 26% constatés lors de la précédente édition (2024), mais un niveau qui reste loin d'être anecdotique.
Des incohérences sur la climatisation. Le taux d'équipement en climatisation mesuré dans les DPE (10%) apparaît nettement inférieur aux estimations de l'ADEME (14% du parc équipé en PAC air/air) et aux volumes de ventes annuelles (800 000 unités selon le ministère de la Transition écologique), suggérant une sous-déclaration significative dans les diagnostics. La répartition géographique des consommations théoriques de froid présente elle aussi des anomalies, avec des zones climatiques du Sud-Ouest affichant des consommations supérieures à celles du Sud, sans justification apparente dans la méthode de calcul 3CL 2021.
Une méthodologie qui ignore le contexte local. Enfin, et c'est sans doute la limite la plus structurante, l'indicateur ne tient compte ni du climat local, ni de l'environnement proche, ni des masques solaires — ce qui explique la surreprésentation paradoxale des zones rurales et septentrionales parmi les logements en insuffisant, alors même que ces territoires sont objectivement moins exposés aux vagues de chaleur.

